Lundi 3 avril 2006

J’ai relu le premier tome et découvert le deuxième tome de la série Alim le Tanneur (chez Delcourt).
Dans un univers fortement inspiré du Moyen‑Orient, Alim est un hors-caste, un individu qui constitue l’échelon le plus bas de l’échelle sociale et est vouée aux tâches les plus ingrates. Ce qui ne le dérange pas plus que ça, vu que c’est la volonté de Jésameth, le prophète. Il a une petite fille de quatre ans, Bul, qui est assez curieuse, un peu trop pour les autorités religieuses. Cependant lors d’une de ses corvées, il découvre ce qui peut être les reliques de Jésameth et les ennuis commencent.
Wilfrid Lupano nous distille un scénario riche et très bien construit. Le thème de la religion est omniprésent, surtout son utilisation pour manipuler les foules. Aucune religion en particulier n’est visée, le culte jésamethain empruntant à toutes les religions terriennes. L’atmosphère des deux tomes n’est pas tout à fait la même, la vision d’Alim sur sa religion et l’empire ayant évolué. Cela se traduit aussi par une différence d’ambiance colorée, le premier est plutôt clair, le second beaucoup plus sombre. Le dessin de Virginie Augustin est très bon, très expressif. Elle est assistée de Geneviève Penloup pour un traitement très fin et très bon des couleurs. Toute la partie graphique vous donnera sûrement envie d’ouvrir ces BD et de découvrir cette excellente série.

De la même manière, avec la sortie de la nouveauté, j’ai lu les trois tomes de la série de Manu Larcenet, Le Combat Ordinaire (chez Dargaud). Pas de grande histoire, pas de quête, ni d’enquête, juste la vie de Marco, photographe de métier. Ce personnage attachant est sujet à des crises d’angoisse, est parti vivre en province, voit son père dépérir lentement atteint par la maladie, etc. Bref des choses qui peuvent arriver à vous et à moi.
La force de cette série, c’est justement le fait de parler de la vie, des joies, des peines, des angoisses qu’elle comporte. On passe d’une situation un peu légère à une autre beaucoup plus grave. Au passage elle pose des questions intéressantes sur le deuil, la famille, la société, la politique... Le dessin de Larcenet est minimaliste mais sert à merveille le tout. Au final c’est une des meilleures séries de BD qui se conclura normalement avec le prochain tome.
J'ai aussi regardé le DVD inclus dans l'édition spéciale du tome 3. C'est très intéressant de suivre le processus créatif de l'auteur.

J’ai lu le troisième tome d’Aster (Cauuet et Clavey, chez Delcourt), une série fort sympathique à mon goût. Il faudrait que je relise les deux premiers tomes mais malheureusement je ne les avais pas sous la main dernièrement. Dans mon souvenir c’est plutôt une bonne série d’heroic-fantasy, même on est entraîné dans un pays plutôt d’inspiration moyen-oriental, avec des artefacts, une quête, des jeunes gens qui doivent collaborer pour atteindre un but. C’est pour moi une série de bonne facture, aidée par un visuel très agréable (je me souviens avoir pris une bonne claque avec les couleurs du tome 2).

À la suite de la projection dont je vous ai parlé dernièrement, on m’a offert l’album prologue aux Brigades du Tigre. Donc déjà si vous ne projetez pas d’aller voir le film, passez votre chemin, cette BD n’est pas pour vous. Entre nous, cette BD a été réalisé rapidement (4 mois pour le dessin il me semble) et ça se voit. Les personnages de la BD ne ressemblent pas du tout aux acteurs du film et globalement le graphisme de Delitte est un peu limite. En résumé, c’est un album à l’intérêt plus que limité.

À l’occasion de la sortie du troisième tome de Terre Mécanique, j’ai relu tous les tomes de cette série si prometteuse à la lecture des deux premiers tomes. Le postulat de départ des deux premiers tomes est assez simple : un personnage veut s’évader d’un navire sur lequel l’ambiance est un peu « la croisière s’amuse », en un peu plus forcé ; on le prend pour un fou et veut l’empêcher de partir sous prétexte que la vie est impossible hors du bateau ; il entraîne avec lui d’autres personnages et atterrissent sur un continent froid et blanc. Le tout était très bien construit, avec un changement d’univers (le bateau et sa fête dans « océanica », le froid polaire dans « antartica ») très bien rendu, des rencontres hautes en couleurs... Le dessin d’Andreae est, ma foi, fort joli et est très bien rehaussé par ses couleurs magnifiques. C’est le même constat visuel pour le dernier tome « urbanica »de la série mais je n’ai vraiment pas l’impression que la série était prévue pour trois tomes. Toutes les situations et révélations s’enchaînent à un rythme effréné et il reste à la fin de la lecture comme un goût d’inachevé. Au final on se retrouve avec une série plus que sympathique, relevé par un graphisme très agréable mais qui se termine un peu en queue de poisson.

J’ai emprunté à mon ami Fei (à force de m’en parler, ça a payé) les trois premiers tomes de 7 Secondes. Effectivement cette nième série de JD Morvan vaut le détour. Un architecte est épargné par un tueur à gage, le laissant désormais chargé de dévoiler un secret assez incroyable, non pas la fin du monde, mais en tout cas d’une bonne partie des Etats-Unis. Scénario péchu, soutenu par le trait intéressant (et très évoluant) de Gérald Parel, tout m’a plu pour le moment, sauf le changement de coloriste au troisième tome (mais le travail de Kness m’avait déjà déplu sur toutes ses autres colorisations et ce tome-ci n’a fait que confirmé la tendance).

J'ai aussi découvert la grande saga de David Chauvel et Jérôme Lereculey, Arthur (chez Delcourt). Les deux premiers tomes sont intéressants, reprenant la légende galloise, le «cycle arthurien dit primitif». Le premier tome s'attarde à décrire le contexte géopolitique (les Bretons pris en tenaille entre les Saxons qui envahissent petit à petit la Bretagne et les Pictes au Nord, sans compter les Gaëls qui habitent l'île d'en face) au moment de l'émergence d'un mystérieux personnage sans père (non non ce n'est pas Jésus, bien qu'il deviendra barbu lui aussi) Myrdinn, plus connu actuellement sous le nom de Merlin. Le deuxième tome dépeint l'ascension du personnage qui donne son nom à la série, Arthur.
J'ai plutôt bien aimé ces deux premiers tomes, et il me tarde d'aller à la bibliothèque pour emprunter les deux suivants car ma curiosité a été sollicitée.  Par contre je trouve que tout est un peu trop bavard (et parfois trop redondant avec les images). De plus beaucoup de personnages sont introduits sans qu'ils aient, pour le moment, un grand intérêt. ­

par Tifou publié dans : Du côté de chez nous
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Mardi 7 mars 2006
Dans mes lectures du dernier mois, j'ai lu, entre autes, quelques-unes des BD qui ont eu un prix à Angoulême à la fin du mois de janvier. Comme il y en a beaucoup je vais être succinct.

Parlons rapidement des séries que je suis et que j'apprécie depuis quelques temps :
Prix de la série : Blacksad
C'est étrange de décerner un tel prix pour une série qui ne comporte que trois tomes qui sont plus ou moins autonomes les uns par rapport aux autres. J'aurais plus décerné le prix du dessin, tant la mise en image de Juanjo Guarnido est extraordinaire, alors que le scénario de Juan Diaz Canalès est beaucoup plus convenu... Néanmoins, si jamais ce n'est pas encore fait, je vous conseille d'aller lire cette série, publiée aux éditions Dargaud.
Prix Jeunesse 9-12 ans : Sillage
Là encore, il y a comme une erreur de casting pour un tel prix. Que la série racontant la jeunesse de Nävis, l'héroïne de Sillage, apparaisse dans la sélection ne m'étonne pas, tant la cible est manifestement les jeunes lecteurs. Par contre, il est très étonnant, voire abherrant, que la série Sillage obtienne un prix jeunesse, surtout au moment de la parution du 8ème tome « Nature Humaine » qui démontre une certaine maturité, qui était déjà présente par les thèmes abordés par cette série de science-fiction. Donc oubliez ce prix (décerné par le public je rappelle) qui ne correspond pas à la série et essayer cette série très intéressante de Jean-David Morvan et Philippe Buchet (chez Delcourt).

Passons maintenant aux albums que j'ai découvert lors du mois de janvier :
Prix du Premier Album : Aya de Yopougon
Premier album très sympathique, racontant la vie dans une ville africaine à la fin des années 1970. On suit les aventures d'Aya, enfin plus les turpitudes amoureuses de cette jeune fille studieuse et de ses amies beaucoup moins sages. Cet album permet à Marguerite Abouet de raconter son Afrique, loin des clichés misérabilistes. Le trait de Clément Oubrerie est simple pour ne pas dire simplisme. Néanmoins c'est assez frais et très sympathique à lire.
 
Prix du Meilleur Album : Notes pour une Histoire de Guerre
Ayant découvert Gipi à l'occasion de la sortie des premiers albums de la collection Bayou (dirigée par Sfar chez Gallimard) et donc de ma première BD de cet auteur italien (Le Local), j'ai donc lu, après les conseils d'un ami et surtout le prix du meilleur album, Notes pour une Histoire de Guerre.
Dans un pays dont on ne connais pas le nom, la guerre éclate et oblige trois jeunes gens à trouver des moyens pour s'en sortir, le plus simple étant de s'acoquiner avec les caïds du coin... On les suit donc dans leur ascension tandis que le pays sombre dans le chaos.
Le point fort de cet album n'est pas le dessin, épuré, limite caricatural, juste souligné par une touche d'aquarelle grise et pourtant très expressif et efficace. C'est surtout la technique narrative qui est très bonne. Gipi ne nous fait pas de leçons de morale et signe là un album de très bonne facture.
Prix du Scénario + Prix du Public : Les Mauvaises Gens
Voilà un album que j'offrirais bien à mon père. Pas grand chose à dire sur cet excellent album qui raconte l'émergence d'un mouvement syndicaliste dans une région de la France très marquée par la religion. Couvrant une période allant de la fin de la Deuxième Guerre Mondiale à l'élection de François Mitterand, Étienne Davodeau raconte l'histoire de ses parents. C'est parfois touchant, parfois révoltant, l'auteur réussit parfaitement l'exercice du documentaire en BD.
Grand Prix : Lewis Trondheim
Je n'ai pas lu toute la bibliographie de ce monsieur, mais je me suis attaqué aux Formidables Aventures de Lapinot (en les empruntant à une amie). J'avais déjà essayé de lire les séries de l'univers Donjon chez Delcourt co-écrit avec Joan Sfar que j'avais peu apprécié (mis à part la série-mère Donjon Zénith dessinée par... Trondheim).
J'ai donc lu les 4 premiers tomes de la série (« Slaloms », « Blacktown », « Pichenettes » et «Walter»). Déjà premier point : certains tomes ne se situent pas dans le même univers (
« Blacktown » et «Walter») que  les autres. Certes les personnages réccurents sont là (Lapinot et Richard surtout) mais c'est assez marrant de voir l'auteur s'essayer à d'autre genre.
Pour le moment j'ai vraiment bien aimé ce que j'ai lu, un mélange de légèreté, d'aventures et de réflexions un peu plus profondes. Le tout est enrobé dans un dessin assez particulier, propre au président du prochain Festival d'Angoulême, que j'apprécie pour sa simplicité.
par Tifou publié dans : Du côté de chez nous
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